Depuis plusieurs semaines, BBSPB (Brandweer België – Sapeurs-Pompiers de Belgique), réseau de commandants de zones, présente sa note conceptuelle intitulée « Vers une politique prospective en matière de ressources humaines et de formation pour les pompiers » comme une réforme tournée vers l’avenir. Pour nous, cette note est tout autre chose. Elle remet en cause les fondements de la réforme des secours de 2007, affaiblit le statut des pompiers et privilégie des économies budgétaires au détriment de la sécurité des citoyens et des intervenants.
Plus préoccupant encore, cette note a été élaborée sans véritable concertation avec les organisations syndicales. Une fois de plus, les représentants du personnel sont écartés des discussions alors que ce sont les pompiers qui subiront directement les conséquences de ces décisions.
Le « Volontaire 2.0 » : une dangereuse fausse bonne idée
L’introduction d’un quatrième cadre, celui des « secouristes » ou « Volontaires 2.0 », constitue à nos yeux l’une des mesures les plus inquiétantes.
Créer des intervenants qui pourront assurer une partie des missions techniques sans suivre la formation complète de pompier revient à mettre sur le terrain du personnel ne disposant pas de toutes les compétences nécessaires.
Une intervention évolue parfois en quelques secondes. Une simple mission technique peut rapidement devenir un incendie ou une situation nécessitant des compétences opérationnelles complètes. Dans ce cas, ces intervenants ne pourront pas réagir de manière adéquate, ce qui remet directement en cause le principe de l’Aide Adéquate la Plus Rapide. Ceci pourrait dès lors créer des situations de mise en danger tant des membres du personnel que des citoyens.
Nous refusons également la création d’un statut au rabais, rémunéré entre 50 % et 75 % du barème, sans véritable grade et avec un statut précaire. Cette mesure créera une catégorie de travailleurs de seconde zone, nuira à la cohésion des équipes et mettra en péril la confiance indispensable lors des interventions.
Recrutement : Suppression du CAF et perte d’uniformité
Nous nous opposons fermement à la suppression du Certificat d’Aptitude Fédéral (CAF) sans véritables exigences minimales communes.
Le CAF garantit aujourd’hui une procédure de sélection uniforme sur l’ensemble du territoire. Il protège les candidats contre l’arbitraire, assure l’égalité de traitement et favorise la mobilité entre les zones de secours.
Le supprimer reviendrait à fragmenter le recrutement et à ouvrir la porte à des pratiques locales variables, voire au retour du favoritisme. C’est précisément ce que la réforme de 2007 avait voulu éviter.
Former moins, c’est prendre plus de risques
Nous refusons également la diminution des exigences en matière de formation.
Limiter la formation continue obligatoire à 48 heures par an est largement insuffisant pour maintenir les compétences nécessaires dans un métier confronté à des risques toujours plus complexes.
Nous contestons aussi la volonté de décentraliser les formations dans les zones de secours plutôt que de continuer à s’appuyer sur les écoles du feu. Cette évolution entraînera inévitablement des différences de niveau entre zones et affaiblira l’interopérabilité nationale.
Nous refusons enfin que des stagiaires soient engagés pleinement dans les interventions sans encadrement clairement défini. La sécurité ne peut jamais être sacrifiée.
Les manipulations du temps de travail ne peuvent servir à masquer les pénuries
Nous rejetons totalement la flexibilisation proposée du temps de travail et l’élargissement du système d’opt-out.
Ces propositions ressemblent davantage à une tentative de contourner les décisions de justice qu’à une véritable amélioration du fonctionnement des services de secours.
Transformer le plafond hebdomadaire de l’opt-out en moyenne mensuelle permettra uniquement de masquer le manque chronique de personnel.
Nous refusons également toute remise en cause des temps de repos obligatoires. La fatigue constitue un facteur majeur de risque, tant pour les pompiers que pour les citoyens.
Par ailleurs, le projet de défiscalisation accrue des indemnités des pompiers volontaires nous inquiète tout autant. Derrière une mesure présentée comme attractive se cache une incitation à multiplier les prestations au-delà d’un temps de travail raisonnable, sans résoudre le problème fondamental du manque d’effectifs.
Nous refusons de pénaliser les pompiers blessés ou malades et l’assimilation de la spécialisation
La prime d’opérationnalité reconnaît la pénibilité de notre métier, les horaires irréguliers et les risques auxquels nous sommes exposés.
Nous refusons qu’elle soit réduite pour les collègues confrontés à des limitations physiques ou médicales, souvent directement liées à leur carrière.
Nous refusons également que cette prime puisse devenir un instrument de sanction disciplinaire déguisée.
Alors que cette prime ne compte toujours pas dans le calcul de la pension, il est inacceptable qu’elle puisse être diminuée dès qu’un pompier rencontre des difficultés de santé.
La suppression de la prime de spécialisation et les indemnités de brevet via une assimilation dans la prime d’opérationnalité revient à diminuer la rémunération des pompiers et dévaloriser leurs compétences, c’est inadmissible !
Une véritable politique de fin de carrière est indispensable
Depuis plus de dix ans, nous demandons une politique crédible de fin de carrière. Nos revendications restent lettre morte.
Faire croire qu’un transfert vers la Protection civile constitue une solution est irréaliste. Les structures sont limitées et les missions sont différentes.
Nous rappelons que l’âge moyen de décès des pompiers est de 69,5 ans. Imaginer que chacun pourra assurer des interventions opérationnelles jusqu’à 67 ans démontre une profonde méconnaissance de la pénibilité du métier.
Nous exigeons le maintien du congé préalable à la pension, une véritable reconnaissance de la pénibilité de notre profession ainsi que la reconnaissance des cancers liés à l’exercice du métier comme maladies professionnelles.
Plus de pouvoir pour les commandants, moins de garanties pour le personnel
Nous nous opposons à la concentration des pouvoirs prévue dans les procédures disciplinaires et d’évaluation.
Les sanctions lourdes ne peuvent relever de la seule décision d’un commandant de zone. Les autorités politiques doivent assumer pleinement leur rôle d’employeur.
Nous exigeons également des évaluations objectives réalisées par des supérieurs appartenant au même statut opérationnel, afin de garantir l’équité et d’éviter toute dérive.
Nos revendications restent ignorées
Au-delà de cette réforme, nous constatons que les véritables problèmes des services de secours demeurent sans réponse :
- le sous-financement chronique des zones de secours ;
- l’absence de moyens fédéraux pour revaloriser le personnel ;
- l’absence d’une véritable politique de fin de carrière ;
- la non-reconnaissance des cancers professionnels ;
- le manque de mesures efficaces contre les violences dont sont victimes les pompiers et les ambulanciers.
Ces difficultés sont le résultat d’années de sous-financement et d’impasses politiques.
Nous ne céderons pas sur la sécurité
Nous exigeons un statut qui respecte la réalité opérationnelle, garantisse la sécurité du personnel et assure un service de qualité à la population.
La sécurité des citoyens ne peut jamais devenir une variable d’ajustement budgétaire.
Nous refusons toute modification unilatérale du statut sans véritable consensus avec les représentants des travailleurs.
Face à l’absence d’écoute des autorités, nous avons déposé auprès du ministre de l’Intérieur, le 25 juin dernier, un préavis d’actions à durée indéterminée.
Notre message est clair : ce ne sont pas des réformes que nous voyons aujourd’hui, mais des économies aveugles et des mesures alambiquées qui portent directement atteinte à la sécurité des citoyens et des secouristes.
Le cabinet de l’Intérieur semble bien avoir pris acte de notre mécontentement ety répond en organisant dorénavant des réunions mensuelles du comité C fédéral dès la fin du mois d’aout. C’est un signe de la prise en compte du préavis d-que nous avons déposé. Mais il faudra faire plus qu’encommissionner les discussions.
Nous resterons mobilisés dès le mois de septembre et aussi longtemps qu’il le faudra pour défendre notre profession, nos collègues et la qualité des secours que chaque citoyen est en droit d’attendre.
Diplomatie ou enfumage ? Le ministre Quintin joue la montre pendant que les policiers attendent des actes !
Les négociations sectorielles pour l’ensemble des services de police ont débuté à la fin du mois de juin et au début du mois de juillet. Des propositions concrètes ont été déposées sur la table dans le cadre de divers Comités de négociation. Les attentes du personnel sont immenses. La réponse du gouvernement, elle, est désespérément INSUFFISANTE !
Très rapidement, une réalité est apparue au grand jour : le ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin, ne disposait même pas de l’enveloppe budgétaire qu’il présentait comme base de discussion. Cette enveloppe, annoncée à 60 millions d’euros, relève davantage de l’effet d’annonce que d’un véritable engagement politique.
Soyons clairs : 60 millions d’euros, c’est une aumône !
Comment le gouvernement peut-il prétendre reconnaître le travail des policiers avec une enveloppe aussi dérisoire, alors qu’il est capable de mobiliser par exemple 700 millions d’euros pour l’achat de missiles destinés à la Défense ou des milliards pour des F-35 ? Les choix budgétaires sont avant tout des choix politiques. Manifestement, la reconnaissance des policiers ne figure pas parmi les priorités de ce gouvernement.
La sécurité intérieure ne serait donc pas une priorité de l’Arizona !
Sous la précédente législature, 120 millions d’euros avaient été consacrés à la revalorisation salariale des services de police. Nous étions donc en droit d’attendre, au minimum, un effort équivalent de la coalition Arizona. Force est de constater que les ambitions affichées se sont rapidement évaporées.
Plus grave encore, les contradictions se multiplient au sein même du gouvernement. Le ministre Bernard Quintin affirme que l’exécutif aurait validé cette enveloppe de 60 millions d’euros. Pourtant, ces déclarations ont été publiquement contredites par le ministre Theo Francken lors d’une question parlementaire débattue en commission de la Défense. Qui dit vrai ? Le ministre de l’Intérieur cherche-t-il à gagner du temps ou à masquer l’absence d’accord au sein du gouvernement ? Les policiers méritent mieux que des promesses floues et une communication de façade.
Depuis le début des négociations, la CGSP ne cesse de rappeler une évidence : le métier de policier doit redevenir attractif. Après les attaques portées contre les pensions, il est impératif de reconnaître enfin la pénibilité et la dangerosité de cette profession. C’est pourquoi la CGSP continue de revendiquer, sans compromis, la mise en place de véritables congés préalables à la pension pour l’ensemble du personnel policier. Il ne s’agit pas d’un privilège, mais d’une mesure de justice envers celles et ceux qui consacrent leur carrière à protéger la population.
Dans le même temps, le dossier de la réorganisation de la Police fédérale a été présenté aux deux ministres de tutelle. Une simplification de la structure et des évolutions organisationnelles sont annoncées dans les prochains mois. Là encore, la CGSP sera particulièrement vigilante. Il n’est pas question que cette réforme serve de prétexte à de nouvelles économies, à une dégradation des conditions de travail ou à un affaiblissement des services.
Les policiers en ont assez des discours, des effets d’annonce et de la diplomatie de façade. Ils attendent des décisions, des moyens et une véritable reconnaissance.
Le gouvernement doit maintenant choisir : continuer à gagner du temps ou enfin respecter les femmes et les hommes qui assurent, chaque jour, la sécurité de la population.







