Politique défaillante et agitation sociale : un lien de cause à effet ![1]

 

Le gouvernement Michel nous avait promis des jobs, une diminution de la dette pu­blique et plus de prospérité pour tous. Qu’en est-il après 18 mois de gouvernement ? Début de ce mois, le gouvernement s’est vanté d’avoir créé plusieurs dizaines de milliers d’emplois nouveaux. Sa réaction triomphaliste était significative de la crise que ce gouvernement traverse. En effet, par rapport aux autres pays européens, la Belgique fait piètre figure. Mais pas en raison des actions sociales qui ne sont que la conséquence des prestations lamentables de Michel I sur le plan social et économique.

Abstraction faite de la qualité des emplois, il s’avère que la Belgique occupe de moins en moins de travailleurs en comparaison avec les autres pays de la zone euro. Au cours de la première année du gouvernement Michel, le taux d’emploi dans la catégorie d’âge entre 20 et 64 ans a diminué de 0,4 %, contrairement aux autres pays de la zone euro qui enregistrent une hausse de + 0,7 %. Résultat frappant parce qu’au cours de la dernière année du gouvernement Di Rupo, le taux d’emploi avait encore augmenté de + 0,7 %. De plus, au mois d’avril, le chômage dans 25 Etats membres était inférieur par rapport à l’année précédente. Seuls trois pays font du surplace : l’Estonie, la Lituanie et… la Belgique. Entretemps, notre pays est devenu le champion de l’épuration des chiffres du chômage en sortant des statistiques une masse de chômeurs suspendus ou ayant perdu leur allocation. Ce n’est donc pas une surprise de constater que le nombre de bénéficiaires du revenu d’intégration a augmenté de 10.000 unités et celui des malades de longue durée de 13.000.

La politique de ce gouvernement est donc une caricature de la notion de bonne gou­vernance, mais ses prestations économiques sont également à pleurer. Au cours de la période d’après crise (2012-2014), la croissance en Belgique était supérieure d’au moins 1% à la moyenne européenne. La politique d’austérité et les coupes sombres pratiquées dans le domaine des salaires et des allocations sociales ont fait basculer la situation : en termes de croissance économique, nous ne faisons plus mieux que les autres pays de la zone euro, au contraire. Le budget reste largement déficitaire : pour la première fois depuis 2012, l’Etat belge ne récolte pas suffisamment d’argent pour couvrir ses dépenses primaires (c’est-à-dire sans les charges d’intérêt). Situation due – selon la Commission européenne – à l’échec cuisant du tax-shift. Entretemps, la dette publique continue d’augmenter, en dépit des économies.

Il n’est plus possible de nier les chiffres qui sont sur la table. La politique du gouverne­ment ne fonctionne pas et les gens le ressentent nettement. Dans un article virulent publié cette semaine, les services d’étude du FMI ont critiqué sévèrement le néolibé­ralisme : “En moyenne, les économies, au lieu de produire une relance, ont tendance à engendrer une baisse de l’activité économique.” Le FMI ajoute ironiquement qu’il est temps d’abandonner la foi et d’opter pour une politique qui fonctionne. Les actions syndicales organisées en Belgique traduisent un vaste mécontentement profondément enraciné. L’agitation sociale n’est pas une question de défense de privilèges. Il s’agit de la revendication de réaliser un progrès social et économique durable et la redistribution équitable de ce progrès. Or, force est de constater que le gouvernement n’arrive nulle­ment à réaliser cet objectif. Que du contraire !

[1] Article publié dans Echo FGTB, La lettre d’information des services d’études de la FGTB et des Interrégionales